Petit problème cosmique

Ce matin au planétarium, au beau milieu du programme de quarante-cinq minutes destiné aux enfants de cinq à neuf ans, la voix off affirma que Saturne met trente ans pour orbiter autour du Soleil, alors que Jupiter, située plus proche de notre étoile bienfaitrice, n’a besoin que de douze ans pour accomplir son tour. Puis, la voix posa la question : “Alors les enfants, voici un petit problème simple : si l’on suppose que les deux planètes sont alignées maintenant avec le Soleil, alors allez hop ! au débotté, pouvez-vous me dire dans combien d’années elles seront à nouveau ainsi alignées ?”

Réponse des enfants de cinq à neuf ans : “Euh…”

Réponse des parents : “Ah oui, oui, intéressant… alors… eh bien, je… euh…”

Réponse instantanée de deux hommes planqués au fond de la salle, que je soupçonne fortement être des employés du planétarium : “20 ans !”

Ah ! très bien, répondit la voix off avant de reprendre le fil de son exposé.

Au “débotté” donc, nous pouvons, à l’aide d’une règle de trois, affirmer que le nombre de degrés parcourus par Saturne en A années s’élève à :

Ds=Ax360/30=12A

Tandis que pour Jupiter, nous obtenons l’équation suivante :

Dj=Ax360/12=30A

Les deux planètes géantes se trouveront à nouveau ensemble sur une même ligne passant par le Soleil quand elles seront simultanément positionnées avec un nombre identique de degrés par rapport à leur point de départ commun. Au bout de douze années, Jupiter sera déjà revenue à son point initial (et aura donc parcouru 360 degrés), alors que Saturne sera encore en train d’accomplir son premier tour. Douze ans plus tard, Jupiter terminera son deuxième tour, alors que Saturne n’en aura toujours pas fini avec son premier. Nous pouvons donc en conclure que Jupiter doublera Saturne, ce qui occasionnera un nouvel alignement avec le Soleil, alors que Jupiter gravitera autour de l’astre stellaire pour la deuxième fois. L’événement aura donc lieu entre douze et vingt-quatre ans après l’alignement initial, précisément lorsque les nombres de degrés respectifs seront égaux :

Ds=Dj-360 (le nombre 360 vient du fait que Jupiter a déjà tourné une fois autour du Soleil)

Dès lors, il ne reste plus qu’à dérouler le tapis rouge pour pouvoir triomphalement parader dessus avec la médaille Fields en chocolat 2011 :

12A=30A-360

<=> 30A-12A=360

<=> 18A=360

<=> A=20 ans

Saturne aura alors parcouru Ds=12×20=240 degrés par rapport au point de départ, ce qui représente les deux tiers de sa première course autour du Soleil.

Et voilà le travail, au “débotté”, donc. Que le grand Cric me croque si les deux zigues qui donnèrent la bonne réponse INSTANTANÉMENT ne sont pas des employés du planétarium. 😉

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Le coup du parapluie

L’éminent professeur Barbenfouillis et ses remuants collègues s’extirpèrent de l’obus qui perça l’œil de la Lune. Puis, suite à une bonne nuit passée sous les étoiles, ils décidèrent d’entreprendre l’exploration des lieux. Dans une grotte souterraine – plus précisément sous-lunaire – parsemée de champignons à l’allure menaçante, les vaillants scientifiques tombèrent soudain nez à nez avec un Sélénite jailli d’un trou comme un diable hors de sa boîte. La créature de la Lune – un bipède humanoïde avec une face et des pinces d’insecte – sautilla, bondit, roula, tourneboula et s’approcha de Barbenfouillis. Le professeur ne perdit pas l’ombre d’une seconde et, armé de son parapluie – quelle brillante idée de l’avoir pris pour explorer la Lune ! -, il en assena un sérieux coup sur la tête du Sélénite qui se transforma sur-le-champ en fumée (c’est ainsi que ces êtres curieux passent de vie à trépas : en se volatilisant dans l’éther lunaire). Score à l’issue de cette première rencontre historique : Terre 1 – Lune 0.

Après maintes péripéties, Barbenfouillis et ses acolytes réussirent ensuite à fausser compagnie aux Sélénites furieux d’avoir perdu nombre de leurs semblables et leur roi, qui tous succombèrent aussi sous les coups mortels du parapluie du professeur. Nos valeureux héros, dignes représentants de la race humaine civilisée, poursuivis par une horde enragée, parvinrent à leur obus placé au bord d’un précipice, le firent basculer pour retomber sur la Terre, et, ce faisant, emportèrent involontairement dans leur chute salvatrice une créature de la Lune accrochée au projectile. Celui-ci, tel Apollo 11 soixante-sept ans plus tard, s’abîma dans l’océan. Puis, un bateau vint le repêcher pour le remorquer vers la terre ferme.

Enfin, à l’occasion d’un défilé célébrant les hauts faits des explorateurs lunaires, le Sélénite enchaîné fut exhibé face à la foule en liesse, tel Vercingétorix à Rome. Score final : Terre 6,5 – Lune 0 (le demi-point, c’est pour le Sélénite capturé). Meilleur homme du match : le professeur Barbenfouillis dont les coups de parapluie ravageurs assurèrent de manière décisive la domination écrasante des êtres humains. Une mention spéciale est néanmoins accordée au Sélénite tombé sur la Terre dont le geste courageux ne permit malheureusement pas à son équipe d’échapper à la débâcle. Espérons cependant qu’un jour ses congénères voire d’autres créatures extra-terrestres ne s’avisent pas de s’armer eux aussi de parapluies.

Le voyage dans la Lune de Georges Méliès (extrait de la version parue en 2011 et restaurée avec les couleurs d’origine, musique du groupe Air)

Tamikrest de retour au Labo

Les Touaregs de Kidal sont remontés le neuf décembre sur la scène du Laboratorium à Stuttgart, à l’occasion de la récente sortie de leur deuxième album Toumastin. Ils ont joué d’abord leur desert blues pendant une heure environ dans un style assez planant et méditatif, puis enchaîné après la pause un set d’une heure supplémentaire, cette fois-ci beaucoup plus funky et remuant, que le public a très apprécié. Ousmane, le leader de Tamikrest, a déclaré aux spectateurs ravis que le groupe était particulièrement content de revenir au Laboratorium, dont la scène est chère à leur cœur, car c’est là qu’ils se produisirent l’an dernier pour la toute première fois en terre européenne. Après le concert, les membres du groupe traînaient tranquillement dans la salle ; certains discutaient avec des gens du public alors que d’autres s’affairaient à ranger les instruments de musique. Nous avons bavardé un peu avec l’un d’entre eux à propos de leur tournée en Europe et de leur région située au beau milieu du Sahara. Pour en savoir un peu plus sur la belle musique de Tamikrest et la situation pas très réjouissante des Touaregs du nord du Mali, il est possible de lire une interview d’Ousmane Ag Mossa – qui me fait irrésistiblement penser à Bob Marley – publiée dans les Inrocks à cette adresse-là. Les lecteurs de feu Best se souviendront peut-être de ce magazine de rock, qui cessa de paraître en 1995, à la lecture du nom de l’excellent journaliste qui a mené l’entretien.

Après que le groupe a plié bagage, Flo, Luca, Johannes, Sadna (orthographe non garantie !) et moi-même sommes restés au Labo, histoire de s’assurer que nous n’allions pas mourir de soif ce soir-là et de vérifier que tout le monde allait bien libérer les lieux à l’heure de la fermeture. Nous nous sommes acquittés de cette rude tâche avec brio.